De lignes et de bleu
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Réalisation d’un Jardin de la Paix annexe à la Nécropole de La Fontenelle
Surface 9 ares
Budget - euros
Client Arts & Jardins - Hauts de France, Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale
Année 2023 - En cours
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Le projet de jardin de la Nécropole de Ban-de-Sapt s’inscrit dans un lieu chargé de la mémoire des combats de la guerre 1914-1918.
La bataille sur ce lieu concernait l’appropriation de la cote altimétrique 627, au moyen de plusieurs lignes de tranchées, qui hachaient la colline de leurs lignes horizontales.
Aujourd’hui, le lieu est fortement marqué par les verticales; les grands troncs d’arbres aux couronnes relevées laissent voir en séquences le paysage et les sommets proches et éloignés.
Parmi eux le Piton d’Ortomont, sommet à la forme conique qui constituait le principal observatoire fortifié allemand.
Le terrain est constitué d’une pente générale en direction du Nord, ponctué de nombreux creux et bosses, qui témoignent de la force des combats.
Au sol, la végétation est dominée par Pilosella officinarum, indicateur d’un sol calcaire, exposé au soleil, tondu trop régulièrement à ras.
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_Relier le jardin à l’histoire du lieu, en orientant le jardin en direction du piton d’Ortomont, selon l’éclaircissement du boisement.
_Sublimer, conserver la topographie bouleversée et souligner le paysage lointain
_Donner à ressentir les notions de permanence et de position propre à cette guerre
_Créer un lieu d’apaisement et de souvenir
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Pour créer la structure du jardin, plusieurs éléments horizontaux d’altitude fixe évoquent à la fois la notion de tranchée, de position et d’altimétrie fixe, telle une courbe de niveau. Ils révèlent aussi, par contraste avec leur linéarité, les modelés de terrain créés par le chaos des combats.
Cette micro-topographie existante «recouvre» par endroits ces grands élements monolithiques en grès rose, fixes, immuables, tandis qu’à d’autres endroits elle les révèle. Ceux-ci deviennent comparables a des vestiges ensevelis, et confèrent une certaine monumentalité au jardin.
Ils répondent également à la verticalité des troncs des arbres et à leurs longues ombres, tout en soulignant les sommets lointains.
En les plaçant de manière judicieuse, la topographie leur donne parfois le rôle d’un banc, parfois celui d’une marche.
Un passage ponctuellement emmarché se dessine alors naturellement, conduisant à un nouveau seuil de la Nécropole, Ce dernier sublime la borne historique 627, et donne une vue privilégiée sur le jardin, en direction du grand paysage.
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En début et en fin de journée, le paysage Vosgien se pare d’une couleur bleue, notamment sur les sommets en perspective. Cette couleur bleue est due à l’émission d’aérosols par les arbres, créant l’«effet Tyndal». C’est cette couleur qui inspira Jules Ferry, lorsqu’il évoqua la fameuse «ligne bleue des Vosges», pour parler de la frontière naturelle entre la France et l’Allemagne.
Cette couleur est donc forte de sens, à la fois dans son rapport au grand paysage, mais également dans son sens pour les liaisons diplomatiques entre la France et l’Allemagne.Le bleu est également symbole de l’apaisement mais surtout du souvenir, notamment associée aux Myosotis («Forget-me-nots»),, mais aussi à la couleur des uniformes «bleu horizon» des poilus, encore utilisés à la Fontenelle en 1915.
Un massif de vivaces d’un seul tenant forme donc un «nuage» en nuances de bleu, serpentant entre les lignes horizontales, depuis la nouvelle entrée de la nécropole en direction de l’Ortomont.
Inspirés des prairies et steppes maigres du monde, cette plantation très résistante à la sécheresse est composée d’une matrice de graminées et autres plantes vaporeuses, qui crée une brume végétale d’où surgissent des vivaces à floraisons longues et étagées. Celles-ci intrigueront les visiteurs du printemps jusqu’à la fin de l’automne. Enfin, coulant telle une rivière à travers cette masse végétale, une ligne végétale bleue éclairera ce lieu aux frontières de l’ombre et de la lisière.